Comment prendre en charge un enfant ou un adolescent en psychothérapie?

« Quand je serai grande,
je tâcherai de me souvenir
de comment c’est quand on est petit. »
F. Dolto.[2]

La psychothérapie d’enfants ou d’adolescents perturbés est un domaine complexe où nous sommes invités avant tout à « être » et où il est nécessaire d’adopter avec souplesse des stratégies différentes, individuelles, familiales, systémiques, éducatives en fonction de l’enfant rencontré, de son âge, et du problème spécifique pour lequel nous sommes consultés.

La réflexion proposée ici repose sur une pratique en cabinet privé et non sur un travail institutionnel. Elle est le fruit d’une continuelle recherche pour offrir aux personnes qui consultent dans ce cadre un espace, un temps et des moyens d’élaboration psychique favorisant une meilleure croissance de l’être.

Selon P. Clarkson et S. Fish[3], les problèmes d’enfants ou d’adolescents pour lesquels on vient voir un psychothérapeute peuvent se classer en six grandes catégories : il peut s’agir d’un blocage de la croissance normale, des conséquences d’un traumatisme chronique ou aigu, d’une pathologie systémique au niveau de la famille, d’un changement dans la composition du système familial, de problèmes socio-culturels ou religieux, ou de problèmes scolaires.

1. Analyse de la demande:

Au cours des premiers entretiens, pour analyser la demande et pouvoir établir éventuellement un contrat psychothérapeutique, nous nous inspirons des 7 questions proposées par Jacques Moreau[4] dans son travail systémique :

  1. Qui demande ?
  2. Demande quoi ?
  3. A qui ?
  4. De la part de qui ?
  5. Pour quoi faire ?
  6. Pour quand ?
  7. Pourquoi maintenant ?

1. Qui demande ? Ne pas accepter de rendez-vous par personne interposée permet dès le départ d’estimer le degré d’engagement des personnes, de l’enfant et/ou de l’adolescent et de son entourage, dans un processus thérapeutique.

Quand la demande concerne un enfant ou un adolescent, nous nous assurons déjà au téléphone que la personne qui appelle a son accord pour le faire. Cela permet de respecter la liberté de l’enfant d’aller voir quelqu’un pour parler de ses difficultés. Le but est de favoriser l’apprentissage de l’autonomie et du respect de soi et des autres.

Vignette clinique : « Une dame me demande par téléphone de suivre en thérapie sa fille, une adolescente de 15 ans, qui souffre de trichotillomanie. Je m’informe auprès de cette dame si sa fille est au courant de son appel et si cette démarche se fait avec son accord. Comme c’est le cas, un premier entretien avec le père, la mère et la jeune fille est prévu. Si la jeune fille avait dit à sa maman qu’elle préférait être reçue seule, j’aurais demandé que ce soit elle qui rappelle pour fixer le rendez-vous. Si la jeune fille n’est pas au courant de la démarche de sa mère, j’entends la souffrance de cette dame et lui propose de venir elle-même seule. »

2. Demande quoi ? Les premiers entretiens permettent de bien repréciser avec la famille leurs besoins : est-ce vraiment une demande de psychothérapie, de conseils ou de guidance éducative ? N’est-ce pas un problème médical, logopédique, psychomoteur, kinésithérapique, psychologique, psychiatrique ou scolaire ?

3.  A qui ? Nous demandons à la famille et à l’enfant pourquoi ils s’adressent à nous et par qui ils ont eu nos coordonnées. Est-ce important que la thérapeute soit une femme ou un homme ? Ont-ils contacté d’autres personnes auparavant ? Parfois, un travail a été entamé avec un(e) autre psychologue et ils n’ont pas continué. Pourquoi ? Dans certains cas, le travail avec nous nécessitera qu’ils éclaircissent leur relation avec d’autres intervenants.

4. De la part de qui ? Viennent-ils de leur propre initiative ou nous sont-ils confiés par un médecin, une logopède, un(e) assistant(e) social(e), un(e) pédopsychiatre, un(e) enseignant(e) ? Nous clarifions alors avec eux comment nous allons envisager la relation avec les autres intervenants.

5. Pour quoi faire ? Nous déterminons ensemble plus précisément la fréquence et le lieu des entretiens. Nous expliquons également comment se passent les séances, et les différents « outils thérapeutiques » utilisés : le langage, le dessin, les albums photos, les jeux, l’utilisation de photo-langage, etc.

6. Pour quand ? Cette question permet de mettre à jour et de désamorcer la pensée magique des membres de la famille ; nous leur expliquons que nous n’avons pas de baguette magique et ne savons pas prédire combien de temps le travail psychothérapeutique va durer. Mais régulièrement, des entretiens familiaux permettront de faire le point et de voir l’avancée de la situation.

7. Pourquoi maintenant ? Nous abordons enfin la raison immédiate de leur démarche : cela permet d’entendre où s’est posé leur inconfort, par rapport à quoi, quel est leur degré d’ « awareness » face à la situation et cela en dit long sur le système de valeur de la famille.

2. Etablissement du cadre de travail :

« Un enfant seul, cela n’existe pas », Winnicott.

Après les premiers entretiens d’analyse de la demande, nous décidons, les membres de la famille et moi-même, si une démarche psychothérapeutique est nécessaire et poursuivons le travail en établissant un contrat d’exploration : au cours de cette étape, se dessine progressivement le contrat triangulaire (tel que défini par F. English) appliqué en « multi-contrat » (cf. V. Sichem[5]), afin de définir clairement un objectif réalisable et la participation des différentes parties : l’enfant ou l’adolescent, le ou les parents, les tiers (grands-parents, assistante sociale, médecin, …)

  • Avec l’enfant : des entretiens familiaux et individuels serviront à fixer d’abord un contrat d’exploration puis un contrat d’évolution thérapeutique ; ces deux aspects sont abordés en détails au point 3.
  • Avec les parents: nous établissons un contrat moral, légal et administratif ; pour ma part, quand j’entame un travail avec un enfant ou un adolescent, pour protéger l’alliance thérapeutique avec lui, je ne m’engage pas en même temps dans un contrat d’accompagnement individuel des parents mais si la demande apparaît, je les confie à l’un ou l’autre de mes collègues.
  • Avec les tiers : nous définissons le contrat professionnel nécessaire, par exemple la place et le rôle de chacun par rapport à l’objectif thérapeutique de l’enfant et de l’adolescent.

Vignette clinique : Virginie, la maman de Laetitia, 14 ans, me contacte pour accompagner sa fille « qui pleure beaucoup pour le moment et la logopède a dit que ce serait bien qu’elle voit une psychothérapeute » ; Laetitia est une fille dysphasique suivie depuis l’âge de 5 ans par Anna, une logopède de la région ; très vite, je sens un conflit de loyauté chez Laetitia qui voudrait se confier mais ne veut pas trahir Anna ; nous fixons un entretien avec Anna et Laetitia au cours duquel chacune de nous a pu redéfinir son rôle, sa place, clarifier son travail et sa position, valoriser chacune des démarches ; grâce à cela, Laetitia s’est donné la permission de créer tous les liens dont elle avait besoin.

3. Etapes de l’accompagnement psychothérapeutique des enfants ou des adolescents :

« Les Adultes veulent comprendre les enfants et les dominer : ils devraient les écouter. » F. Dolto[6]

Des entretiens individuels et familiaux font à la fois partie du contrat d’exploration et du contrat d’évolution psychothérapeutique :

3.1. Les entretiens individuels avec l’enfant ou l’adolescent :

Notre cadre thérapeutique s’adresse à des enfants ou des adolescents suffisamment structurés[7] ayant besoin d’un travail d’élaboration psychique propre ; les entretiens individuels leur permettent de travailler sur leurs processus internes sans qu’ils ne soient envahis par un projet parental quel qu’il soit.

Ils permettent d’explorer ensemble leur situation, d’analyser leur demande et de mettre à jour LEUR objectif personnel ; nous définissons clairement comment nous allons travailler et dans quel but : comme l’explique V. Sichem[8], « il est rare d’obtenir un contrat clair et explicite avec un enfant dans un premier temps. (…) Le contrat est donc conclu avec cet état du moi Adulte en construction ; l’Adulte du thérapeute va mettre en mots ce contrat qui s’installe et prendre en charge l’Adulte en développement de l’enfant. (…) Il s’agit d’une symbiose saine puisqu’elle revêt le sens d’un tremplin temporaire pour l’autonomie… »

Vignette clinique : Monsieur Dupont me consulte pour sa fille Clara, âgée de 10 ans, qui souffre d’encoprésie. Au cours des séances individuelles avec l’enfant, j’apprends que le symptôme d’encoprésie n’apparaît que quand Clara est chez son père et seulement depuis 2 ans ; Clara me révèle qu’elle a très peur de son père ; ses parents sont séparés et Clara, placée chez son père, revoit sa mère depuis deux ans et souhaiterait la voir plus souvent. Comme sa mère a abandonné Clara au moment de la séparation, le père reste très en colère contre elle et Clara n’ose pas lui demander de changer le mode de garde.

Je lui demande alors : « Au fond, toi, si tu viens me voir est-ce que cela pourrait être pour parler de ta peur ? Pour voir ce que tu peux en faire, comment elle se manifeste, qu’est-ce qu’elle veut dire,… ? » ; Les yeux grands ouverts, Clara me dit « ça oui alors ! Mais vous ne dites rien à mon père, d’accord ? » « Certainement !   Rien tant que tu ne le souhaites pas et que tu n’es pas prête ! Nous ferons les choses ensemble, promis ! »

3.2. Les entretiens familiaux :

Leur fonction est de tenir compte de la famille et/ou du système où l’enfant ou l’adolescent est inséré ; en effet, souvent, une remise en question du système familial s’avère nécessaire pour soutenir les changements psychothérapeutiques de l’enfant ou de l’adolescent ; des séances familiales ponctuelles permettent de repérer les forces du système qui freinent l’évolution de la personne et maintiennent l’homéostasie et celles qui, au contraire, le soutiennent dans son évolution.

Nous expliquons aux familles combien ces séances sont importantes pour nous permettre de prendre connaissance de la structure et de la dynamique de la famille, pour reconnaître ensemble la complexité du système, la rendre manifeste, par des reformulations et des mises en lien ; une grande partie du travail consiste à relancer, soutenir et faciliter une communication vraie entre et à propos des différents membres de la famille. Nous travaillons autant que possible avec tout le système familial direct (parents, frères et sœurs, beau-père, belle-mère, parfois grands –parents s’ils sont fort impliqués auprès de l’enfant ou de l’adolescent et les demi-frères et demi-sœurs). Souvent, seulement une partie du système est prête à collaborer. Ces entretiens familiaux ont pour effet d’élargir chez chacun la vision qu’il a du système familial ; souvent, les personnes restent bloquées sur un contenu ou sur une seule manière de fonctionner. En travaillant sur le processus (« comment cela se passe entre eux »), chacun prend conscience de sa représentation du système  et cette méta position ouvre sur de nouvelles options.

De manière implicite, nous observons que la rencontre est en soi thérapeutique : elle valorise le fait que chacun est un élément du système et détient une part du pouvoir pour faire changer les choses. Les séances, étalées dans le temps, font prendre conscience des étapes traversées par la famille.

4. Analyse du système familial :

Vignette Clinique d’introduction : Marie, 16 ans, vient en entretien individuel, 3 ou 4 fois avec comme demande de départ une difficulté à gérer le stress. Très vite, au cours des entretiens individuels, nous nous rendons compte qu’elle a une image définie de sa famille et que celle-ci est en train de changer : Marie vit avec son père, policier, qu’elle présente comme peu présent et peu impliqué dans les relations familiales, sa mère qu’elle me dit dépressive, anxieuse, manquant d’autonomie (elle ne travaille pas et est complètement dépendante financièrement de son mari) ; le frère de Marie, Loïc, 22 ans, dont elle me dit que « c’est son dieu », a quitté récemment la maison pour se marier. Le départ de Loïc crée un sentiment d’insécurité chez Marie ; nous décidons ensemble un entretien familial avec Papa et Maman ; l’objectif de Marie est « de me montrer ses parents » et mon objectif est de voir la structure et la dynamique de la famille.

A leur arrivée, ils s’installent dans le bureau comme ils veulent et je note que Marie s’assied à côté de Maman dans le divan ; Papa s’assied dans le fauteuil à côté. Je suis dans un autre fauteuil, face à la famille. Je propose d’installer une chaise pour représenter Loïc qui n’est pas là. La mère déplace la chaise et la pose près d’elle. Dans leurs comportements non-verbaux, se manifestent déjà une alliance entre Marie et sa mère (petits sourires en coin, elles sont presque collées l’une à l’autre, Marie ne regarde quasiment pas son père,…)

Extrait d’entretien :

  1. « Th[9](s’adressant à Marie) : tu sais, on en a parlé, aujourd’hui, l’objectif, c’est de voir un peu comment ça se passe dans ta famille. Tu es d’accord ?
  2. Marie : ben oui…on n’a pas souvent l’occasion de se parler rien qu’avec Papa et Maman…
  3. Th : qu’est-ce que tu veux dire ?
  4. Marie: ben souvent Loïc est là et c’est lui qui décide…
  5. Th : ah oui, Loïc… il y a une chaise là pour le représenter… Comment ça se passe quand il est là ?
  6. Marie : il s’occupe de moi… il me dit ce que je peux faire et ce que je ne peux pas faire…
  7. Depuis son mariage, j’ai l’impression d’avoir perdu mon frère…
  8. Mère : C’est vrai que Loïc est fort attentif à Marie…
  9. Il n’aime pas qu’elle sorte avec n’importe qui…
  10. et parfois, il crie sur elle… c’est un peu un père pour elle… »

4.1. La question des frontières :

Nous rejoignons L.B. Kadis et R.A. Mc Clendon[10] quand ils appellent « régulées » les frontières d’une famille saine, fonctionnelle : « elles ne sont ni verrouillées, ni poreuses. L’entrée et la sortie sont permises, les fonctions de filtration, de cohésion et d’exclusion s’accomplissent, un équilibre adéquat s’instaure et l’information circule d’un point à l’autre lorsque c’est nécessaire. »

Dans la vignette clinique citée plus haut, il apparaît que :

  • La frontière majeure externe n’est pas claire : bien que n’habitant plus avec eux, Loïc occupe une place de « parent » ; par ailleurs, la suite de l’entretien me montrera qu’il y a peu de contacts avec l’extérieur et peu de confiance aux autres, peu de relations amicales autorisées.
  • la frontière majeure interne est « déplacée » : le fils aîné a pris un rôle de parent dans la famille pendant des années, d’une façon assez rigide; son départ bouscule tous les membres de la famille. Il reste la personne de référence dans beaucoup de situations ; le couple parental est en souffrance et le père a bien du mal à prendre sa place et assumer son rôle de père.
  • les frontières mineures internes sont perturbées : le père et la mère n’apparaissent pas clairement comme membres d’un même couple parental ; la mère copine avec sa fille et s’appuie sur la fonction de père assumée par son fils aîné.

4.2 Le leadership dans une famille :

Dans tout groupe, Eric Berne[11] décrit plusieurs sortes de leaders dont principalement le leader responsable, le leader effectif et le leader psychologique. Dans la famille présentée en vignette clinique de départ, le leader responsable est le père : officiellement, c’est lui le « chef de famille » ; le leader effectif est la mère qui est celle qui pose des questions, organise,…etc. mais le leader psychologique est le frère; son influence est très importante sur ce qui finit par se passer en réalité ; il est idéalisé, appelé constamment au secours par la mère et la fille et placé dans une fonction parentale dominante.

Dans une famille saine, les frontières mineures sont claires : la fonction parentale est clairement assurée par les parents qui assument ensemble un rôle de leader responsable, effectif et psychologique. Les problèmes sont abordés ensemble et ils n’attendent pas une solution quelle qu’elle soit d’un ou d’une aîné(e). Chacun est accepté et validé à la place, dans le rôle et le rang qui sont les siens.

4.3 La dynamique familiale :

« Il est extrêmement rare que la montagne soit abrupte de tous côtés. » André Gide.

4.3.1. Les forces en présence : cohésion et destruction

La famille est un système en perpétuel mouvement ; elle est saine à partir du moment où,

comme le disent L.B. Kadis R.A. McClendon[12], « la structure et les processus familiaux fournissent aux membres le terrain où ils peuvent croître sainement.»

Dans notre travail avec les familles, nous cherchons rapidement à déceler quelles sont les forces de cohésion et les forces de destruction du système familial ; quand les familles arrivent en consultation, elles sont l’objet de forces qui maintiennent l’homéostasie d’un système pourtant souffrant, qui freinent son évolution ainsi que le développement et l’épanouissement de chacun; la mauvaise santé de la famille peut provenir :

  • de forces de rupture venant de l’extérieur (perte d’emploi, déménagement, expropriation, accidents, guerre, deuils…) ou
  • de forces de désorganisation venant de l’intérieur (dépression d’un des membres, soucis de santé, incompétence parentale ou démission, handicaps, agitations des membres …).
  • il peut aussi s’agir d’une crise du couple qui rejaillit sur toute la famille et crée une usure dans l’idéologie du projet familial ou
  • de l’arrivée ou du départ de nouveaux membres (naissance, accueil d’un grand-père, d’une grand-mère, adoption, enfant qui quitte la maison,…)

Dans la famille de Marie, la suite de la thérapie fera apparaître que la cohésion du système familial est menacée par des éléments internes tels que les critiques continues de la mère et des enfants contre le père, la symbiose entre la mère et les deux enfants, l’alcoolisme du père, le manque d’autonomie de la mère, ses problèmes de santé,…etc. et par des éléments externes tels que les « copains » alcooliques du père ; le départ du frère et sa mise en ménage s’avèrera un élément porteur permettant justement au système de revoir sa structure et sa dynamique.

4.3.2 Les représentations (imagos) de la famille :

Chaque famille est en perpétuel mouvement ou évolution ; dans les séances familiales, nous travaillons sur l’ « imago » que chacun a du groupe familial. Berne[13] définit l’imago de groupe comme étant « toute représentation mentale, consciente, préconsciente ou inconsciente de ce qu’un groupe est ou devrait être. »

Comme le dit P. Clarkson[14], l’imago du groupe « appartient à ce que Berne appelle la structure privée du groupe fondée sur les besoins, les expériences, les émotions et les souhaits personnels de chacun. La perception de l’imago varie donc d’un membre à l’autre et d’une étape à l’autre de l’évolution du groupe ».

Il en va de même avec les familles.

En consultation, l’attention se porte sur les comportements non-verbaux ; nous cherchons à faire circuler la parole de telle sorte que chacun révèle l’image qu’il a de la famille : où chacun s’assied, quels gestes de complicité apparaissent, entre quelles personnes, comment le père perçoit les relations entre la mère et les enfants, comment la mère perçoit la relation entre le père et chacun des enfants, comment les enfants perçoivent leurs parents, comment ils voient la relation des autres avec chacun de leurs parents,….etc. ; par des reformulations, des schémas sur un tableau, des mises en évidence, nous clarifions ensemble la représentation que chacun a du système familial. Nous analysons aussi comment ces différentes représentations correspondent ou non à la réalité d’aujourd’hui. Ce travail en soi est thérapeutique car il permet de lever des méconnaissances[15], d’ouvrir des permissions, de changer bien souvent l’échange des signes de reconnaissance, de modifier le scénario[16] de la famille.

5. Analyse des échanges de signes d’affection et de reconnaissance au sein de la famille :

En Analyse Transactionnelle, on appelle strokes, « caresses » ou « signes de reconnaissance » les unités de reconnaissance échangées dans la vie sociale.

Berne en parle comme d’une soif fondamentale de tout être humain. Il s’est appuyé sur les études de Spitz, Bowlbi, Harlow, etc. qui ont montré que nous avons tous un besoin vital de signes de reconnaissance ; dès lors, nous essayons dès notre enfance toutes sortes de comportements pour les obtenir. Quand un comportement s’avère efficace, nous avons tendance à le reproduire ; quand nous avons l’habitude de recevoir un type de signes de reconnaissance ou d’amour, nous avons tendance à l’attendre des autres.

  1. Steiner[17] parle d’ « économie des caresses » exprimant ainsi que, dès notre enfance, nous apprenons à donner, refuser, demander, accepter, se donner ou ne pas se donner des signes de reconnaissance ou d’amour en fonction de notre histoire ; par la suite, bien souvent, chacun donne ce qu’il désire recevoir et cela peut créer des frustrations chez les autres.
  1. Marshall et G. Chapman[18] ont identifié 5 langages différents pour témoigner son amour, son amitié ou son affection à quelqu’un ; chacun, en fonction de son histoire familiale et de sa culture, ne les valorise pas tous de la même façon et dans toutes les situations ; on peut témoigner son affection par :
  • le corps: certaines personnes sont particulièrement sensibles au toucher, caresses, gâtés, bisous, …; chacun se permet ces gestes différemment en fonction de son âge, de son histoire individuelle, transgénérationnelle et culturelle.
  • Le langage: certains attendent qu’on leur dise des mots d’amour, d’amitié, qu’on leur fasse des compliments, … il y a aussi des familles où on ne fait jamais de compliments.
  • Les moments de qualité: passer un moment de complicité, de proximité équivaut pour certains au signe le plus important pour exprimer son affection…
  • Les cadeaux: le choix d’un objet, d’une attention matérielle, financière touche parfois beaucoup certaines personnes
  • Les services rendus: d’autres se sentent particulièrement aimés quand on leur rend service…

Lors des entretiens individuels et familiaux, nous abordons avec les familles la question de savoir comment ils aiment être aimés, comment ils aiment les autres membres de la famille, ce qu’il y a de spécifique à l’un ou à l’autre…

Bien souvent, au sein d’une famille, les modalités d’expression de l’affection et de la reconnaissance sont différentes et les personnes ne se comprennent pas.

En fonction de son histoire, chaque personne se crée « un filtre » et cherche à reproduire ce à quoi elle est habituée ; il arrive qu’elle accepte et cherche même des signes de reconnaissance négatifs quand elle ne peut en obtenir de positifs ou qu’elle en extorque aux autres sans leur en laisser le choix.

Le filtre touche à la fois les échanges entre les personnes et les signes de reconnaissance que chacun se donne à lui-même. Il est à la base des déformations que la personne fait dans ses relations aux autres ; comme terrain d’observation, nous utilisons la relation qui s’établit entre l’enfant, l’adolescent ou les membres de la famille et nous, ainsi que ce qu’il nous raconte de leur vie relationnelle : comment se dit-on bonjour dans cette famille, qui fait les tâches ménagères, y a-t-il des activités deux à deux, les enfants sont-ils pris dans les bras ? Nous revenons sur les faits, les mots exacts, leur demandant de raconter précisément ce qui est observable sans l’interpréter ; ce travail permet de différencier les perceptions (ce qui se perçoit par les 5 sens) des interprétations (ce qui se dit, ce qui se pense par rapport au cadre de référence de chacun).

L’enfant, l’adolescent ou les membres de la famille prennent conscience de ce qui les touche plus spécifiquement et cette prise de conscience facilite le changement de la dynamique inter-relationnelle : petit à petit, l’enfant apprend à recevoir les signes de reconnaissance qui lui sont donnés, à refuser ceux qui ne lui conviennent pas, à demander ce qu’il souhaite et à donner ce qui touche plus spécifiquement les autres.

Cette étape dans la thérapie contre des injonctions du type « ne demande pas », « ne refuse pas », « ne donne pas », « n’accepte pas » et va dans le sens d’un changement de scénario ; d’autre part, quand la personne se donne des permissions, elle crée une forme de modélisation pour les autres et elle leur donne plus facilement la même permission qu’elle a pu se donner à elle-même. Ainsi, lorsque quelque chose change dans l’économie des caresses, le scénario de chacun change et le système familial bouge. (L. Gobes)[19]

Dans les séances individuelles, nous donnons des signes de reconnaissance à l’enfant ou à l’adolescent et veillons à lui faire connaître de nouvelles façons de montrer son affection. Petit à petit, par modélisation, il développe plus de fluidité et adopte de nouveaux comportements avec son entourage.

En fonction de l’âge de l’enfant ou de l’adolescent, nous parlons aussi ensemble de la façon dont il prend soin de lui ; comment peut-il se faire plaisir ? Se nourrit-il par exemple du contact avec la nature, la musique, la peinture ? Ce travail sur sa capacité à s’offrir des moments de détente et de bien-être permet de traiter des attentes démesurées ou utopiques envers les autres, de  soulager des tensions et d’éviter des situations néfastes. Il mène à lever des méconnaissances par rapport à soi ou par rapport aux autres.

6. Dépistage des fonctionnements positifs et des dysfonctionnements :

Les dysfonctionnements des relations au sein d’une famille sont souvent liés à des méconnaissances du patient sur lui, sur les autres ou sur la réalité qui l’entoure.

Les méconnaissances sont un mécanisme interne en chaque personne que l’on reconnaît grâce à des indices comportementaux et transactionnels que l’on appelle comportements passifs et qui peuvent être de plusieurs types :

  • l’abstention : c’est-à-dire ne rien faire
  • la sur-adaptation : qui consiste pour une personne à se plier aux exigences réelles ou imaginées d’un autre, de plusieurs autres ou d’une situation
  • l’agitation qui consiste à « partir dans tous les sens », déployer de l’énergie en dehors d’actions constructives pour la résolution du ou des problèmes
  • la violence ou l’incapacitation : « toute l’accumulation d’énergie non dirigée vers un but peut finir par exploser soit vers l’extérieur, dans un accès de violence (cris, insultes, choses jetées ou cassées, coups,…) soit vers l’intérieur, en retournant l’énergie contre soi-même »[20]

« La personne qui méconnaît croit et agit, comme si quelqu’aspect de soi, des autres ou de la réalité était moins significatif qu’il ne l’est en fait. L’impact est minimisé, habituellement à dessein, en vue de maintenir un cadre de référence, de jouer des jeux, de faire avancer le scénario et de tenter d’imposer ou de renforcer des relations symbiotiques avec d’autres »[21].

Vignette Clinique : Je reçois en consultation Joël, 12 ans, quatrième enfant d’une femme prostituée, déchue de ses droits parentaux ; Joël est placé avec ses deux frères et sa sœur aînée chez sa grand-mère qui vit avec un homme que les enfants considèrent comme leur « papy ». L’entretien a lieu avec « Papy », Joël et moi, la grand-mère étant hospitalisée pour des soucis de santé liés à son diabète.

L’objectif est de voir comment les relations évoluent depuis que Joël est en psychothérapie (4 mois).

  1. « Th (s’adressant à Joël) : Comment ça va pour toi à la maison ?
  2. Papy : Joël, il est fort turbulent à la maison…
  3. Th : tu es d’accord, Joël?
  4. J : Ben non, ça va, à part que mon frère il m’énerve.
  5. Papy : oui… et ils se battent souvent tous les deux…
  6. Th : qu’est-ce qui t’ennuie chez Kévin ?
  7. J : c’est parce qu’il faut toujours qu’il fasse son chic ;
  8. Th : il se fait chic…
  9. J : il se met du parfum et tout ça et puis il s’habille bien et tout ça, on dirait qu’il est bien mais il faut voir sa chambre ! »

Dans l’extrait de séance avec Joël, Papy répond à la place de Joël ; il méconnaît que la question ne lui est pas adressée et que Joël est capable de répondre seul. Il fait des méconnaissances sur la réalité et sur la capacité de Joël à répondre.

Joël, méconnaît la réalité (la question lui était clairement adressée et la thérapeute le fixait des yeux) ; à la ligne 4, il méconnaît ses capacités à ne pas s’énerver et la signification du comportement de son frère. Les méconnaissances portent à la fois sur l’existence de certains stimuli (la thérapeute lui adresse la parole), sur la signification d’autres stimuli (le fait que Kevin fasse son chic) et ses capacités personnelles à réagir autrement (il peut choisir de ne pas s’énerver). La séance permettra à la thérapeute de mieux se rendre compte de la symbiose entre Papy et Joël, l’importance et la signification accordée à la présence de Kévin et lui donnera de précieuses indications sur les possibilités de changement à travailler.

Dans l’extrait, nous observons donc de l’abstention chez Joël qui ne répond pas à ma question ; Le contenu de la séance révèle des comportements agressifs à la maison entre Kévin et Joël ; en séances individuelles, Joël est agité.

Il n’est pas impossible que l’hospitalisation de la grand-mère témoigne d’une incapacitation conséquente de ses difficultés à gérer les 4 enfants et à formuler des demandes plus claires aux services qui l’entourent. (Service d’aide à la jeunesse, ASBL de placement,…)

Mellor et E. Schiff décrivent 4 étapes principales dans le traitement des méconnaissances ;

  1. aider la personne à identifier les manifestations extérieures, comportementales et transactionnelles résultant des méconnaissances ;
  2. inviter la personne à explorer ce qui se passe en elle ; augmenter sa conscience et valoriser ses ressources tout en en situant les limites.
  3. chercher avec la personne la réelle motivation cachée, ce qu’elle recherche finalement par ces comportements inadéquats et ces méconnaissances effectuées.
  4. lui permettre de s’investir dans un comportement plus conscient, c’est-à-dire tenir compte de tous les aspects de soi, des autres et de la réalité ; viser une manière plus saine d’être reconnu et aimé dans les relations aux autres.

Dans l’extrait de séance avec Joël, la thérapeute cherche en ligne 3 à lever une méconnaissance chez Papy du fait que Joël est capable de répondre lui-même, chez Joël elle l’incite à prendre sa place et dire ce qu’il vit, lui permettre de se positionner hors de la symbiose suscitée par Papy,…etc. A la ligne 6, elle cherche à comprendre quel est réellement le problème de Joël avec Kévin et sa motivation réelle, ce qu’il recherche. Dans les séances suivantes, elle sera attentive à aider Joël à voir les situations telles qu’elles sont dans la réalité : elle lui demandera des détails très précis sur les situations qu’il lui racontera et dans la relation avec elle, elle relèvera chaque fois qu’il ne tiendra pas compte d’un élément de la réalité.

Ils travailleront beaucoup sur l’interprétation qu’il fait de certains comportements surtout de Kévin qui subit en fait une part de la colère que Joël ressent contre sa mère ; il aura l’opportunité de l’exprimer au sein de la consultation puisqu’il ne s’autorise pas à le faire à la maison avec sa grand-mère (maternelle !) et ses frères et sœurs ; il développera des compétences pour esquiver les amorces de conflits de Kévin et réagir autrement qu’en s’énervant : parfois en quittant la pièce, parfois en lui demandant ce qu’il cherche, parfois en appelant Papy ou Mamy à intervenir d’avantage, …etc. dans tous les cas, en restant plus centré sur lui et en prenant soin de lui-même. Parallèlement à cela, il prendra davantage confiance en lui et en ses propres capacités à résoudre des problèmes ou à demander l’aide dont il a besoin.

Conclusions :

La rencontre psychothérapeutique est un processus vivant, multilatéral, qui invite à l’ouverture dans un cadre clair. Allier souplesse et rigidité, règles et permissions, permet au thérapeute de créer un climat de sécurité suffisante pour qu’il puisse, avec l’enfant ou l’adolescent mettre à jour les pensées et les sentiments réels, clarifier les distorsions et les confusions, expérimenter de nouveaux modes d’être et reprendre la route de sa croissance et de son développement.

Un enfant ou un adolescent qui vient en consultation psychothérapeutique est souvent le signe d’une famille en souffrance. Le premier travail consiste à explorer toutes les facettes de la réalité individuelle et familiale et à dépister les méconnaissances des uns et des autres. Celles-ci sont toujours des « omissions inconscientes d’un aspect de la réalité utile à la résolution d’un problème » ; elles ont une fonction de protection psychique car elles aident à affronter et supporter certaines situations. Elles nous invitent à beaucoup d’humilité en nous faisant prendre conscience du degré de souffrance de chacun.

Chaque enfant, chaque adolescent, chaque famille est unique et chaque accompagnement aussi. Ils font appel à notre créativité, notre bon sens, notre curiosité, notre bienveillance. Ils nous poussent nous aussi à grandir. Ce sont les perles de la consultation du psychothérapeute.

Bibliographie :

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Notes personnelles d’une conférence de J. MOREAU au colloque de l’ASSOBAT (Association Belge d’Analyse Transactionnelle), en 2009.

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STEINER C., L’A.B.C. des émotions, un guide pour développer son intelligence émotionnelle, Paris, Dunod-Interéditions, 2005.

[1] Debauche Sophie, Psychologue, Psychothérapeute (CEP), Analyste Transactionnelle Certifiée (CTA), Praticienne en E.M.D.R. et en P.N.L. http://www.sophie-debauche.be

[2] DOLTO F., Tout est langage, Paris, éd. Gallimard, 1994.

[3] CLARKSON P.et FISCH S., « La thérapie de l’enfant par l’A.T. : évaluation systémique et formes de traitement », Leuven, Actualités en Analyse Transactionnelle, Vol. 13, N° 51, 1989.

[4] Notes personnelles d’une conférence de J. Moreau au colloque de l’ASSOBAT (Association Belge d’Analyse Transactionnelle), en 2009.

[5] SICHEM V., Le multicontrat en thérapie d’enfants, Leuven, AAT, Vol. 15, N° 60, 1991

[6] DOLTO F.,  Tout est langage, Paris, éd. Gallimard, 1994

[7] « suffisamment structurés » : les entretiens individuels avec l’enfant ou l’adolescent sont proposés quand celui-ci a manifestement la capacité de supporter d’être seul en présence d’un(e) adulte étranger (ère), autre qu’une figure d’attachement connue. Parfois, plusieurs séances en présence de la mère, du père ou d’un frère, d’une sœur, permettent de s’apprivoiser avant d’envisager des entretiens individuels.

[8] SICHEM V., Le multicontrat en thérapie d’enfants, Leuven, AAT, Vol. 15, N° 60, 1991

[9] Th = Thérapeute.

[10] KADIS L.B. et Mc CLENDON R.A., Guérir les familles, 69300 Caluire, Classiques de l’A.T., vol.5.

[11] BERNE E., Principes de traitement psychothérapeutiques en groupe, 69300 Caluire, Les éditions d’Analyse Transactionnelle, 2006.

[12] KADIS L.B. et Mc CLENDON R.A., « Guérir les familles », 69300 Caluire, Classiques. de l’A.T., vol.5.

[13] BERNE E., Structure et dynamique des organisations et des groupes, 69300 Caluire, Les éditions d’Analyse Transactionnelle, 2005.

[14] CLARKSON P., L’imago du groupe et les étapes de son évolution, Actualités en Analyse Transactionnelle, vol. 19, n°73, 1995.

[15] Définition : La méconnaissance est un mécanisme interne qui consiste pour une personne à ignorer un aspect de la réalité ambiante.

[16] Définition : selon E. Berne, le scénario est « un plan de vie élaboré dans l’enfance, renforcé par les parents, jstifié par les évènements extérieurs et culminant dans un choix privilégié » (in BERNE E. Que dites-vous après avoir dit bonjour ?, Paris, Tchou, 1977)

[17] STEINER C., « L’A.B.C. des émotions, un guide pour développer son intelligence émotionnelle », Paris, Dunod-Interéditions, 2005 .

[18] Cités par FAURE C. dans « Ensemble mais seul, apprivoiser le sentiment de solitude dans le couple », Paris, Albin Michel, 2009.

[19] GOBES L., La stratégie des caresses en couple, 69300 Caluire, Classiques de l’A.T., vol.5.

[20] BRECARD F., HAWKES L., Le grand livre de l’analyse transactionnelle , Paris, Groupe Eyrolles, 2008.

[21] MELLOR K. et SCHIFF E., Méconnaissances, 69300 Caluire, Classiques de l’Analyse Transactionnelle, Vol. 2, Les éditions d’Analyse Transactionnelle.